(The english patient, 1992)
Traduction : Marie-Odile Fortier Masek. Langue d’origine : Anglais
⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Italie, 1945, à la fin de la deuxième guerre mondiale. Dans la Villa San Girolamo, un monastère en ruines transformé en hôpital improvisé, la jeune infirmière Hana s’occupe de son unique patient, un homme brûlé de la tête aux pieds, retrouvé au milieu du désert quelque part dans le nord de l’Afrique. Le mystère plane autour de ce patient qu’on appelle anglais à cause de son accent, et qui semble avoir tout oublié. Deux autres hommes se trouveront aussi à occuper d’autres espaces dans le bâtiment : Caravaggio, un ancien espion d’origine canadien, et ami de la famille de Hana, et Kip, un démineur Sikh, chargé de désamorcer les explosifs laissés dans la région après le repli des forces allemandes.
Huis-clos avec secrets et traumatismes juste après la guerre :
C’est avec une narration élégante mais assez opaque que le canadien d’origine Sri-lankaise Michael Ondaatje, affronte cet étrange quatuor de personnages, échoués après la guerre dans un endroit un peu hors du temps, où ils semblent vouloir réfléchir à leur place dans ce monde. Tandis que le récit égraine petit à petit leurs secrets, leurs traumatismes et leurs passés, ces quatre personnages vont essayer de recomposer leurs vies et faire face au passé pour affronter le futur.
Le roman est plein de poésie et de mélancolie, mais les personnages risquent d’être peu attachants pour le lecteur, car pas forcément très développés, ou bien je n’ai pas saisi toute la symbologie et les métaphores de la narration. Exception faite de Kip, le démineur d’origine indienne, dont le flashback que lui est accordé, développera autant son passé que la psychè du personnage, et compose sans doute un des meilleurs moments du roman. Caravaggio et Hana sont personnages potentiellement très intéressants mais peut-être pas assez explorés.
Mais le récit se centre principalement sur le mystère autour du patient anglais, qui Ondaatje va résoudre au fur et à mesure et de façon désordonné, tissant le portrait d’un explorateur engagé dans la guerre, qui tombe amoureux de Katharine Clifton, la femme d’un de ses collègues. Timidement au débout, les deux sombrent progressivement dans une passion dévorante, marquée par un fort sentiment tragique, qui risque de basculer leurs vies et celles de leur entourage.
Avec un rythme irrégulier et une structure assez chaotique et parfois confuse, le roman enchaine les allers-retours dans le passé, sans forcément compléter le tableau dessiné par les énigmes proposés. Les relations entre les personnages ne semblent pas assez approfondies, et le dénouement du roman est assez cryptique à mon goût. Malgré cela, la qualité d’écriture, la singularité de cet huis-clos atypique, l’énigme du personnage centrale et la poésie visuel du récit font de ce livre une lecture très agréable, remplie des moments fascinants.
‘Le patient anglais’ fut initialement publié en France sous le titre ‘L’homme flambé’, mais récupéra heureusement la traduction correcte du titre original ‘The english patient’ lors du succès du film que Anthony Minghella réalisa en 1996, avec Ralph Fiennes dans le rôle-titre. Le film donna un peu plus de nuances au personnage d’Hana, en partie grâce au talent de la française Juliette Binoche, qui décerna l’Oscar pour cette interprétation. Cependant les lecteurs qui s’attendent à trouver le côté romantique et émouvant du film risquent d’être déçus, car le ton du roman est beaucoup plus clinique et cérébral.
Prix Booker 1992.
Citation :
« Le désert ne pouvait être réclamé ou possédé – il était un morceau de tissu balayé par les vents, jamais retenu par les pierres, qui avait eu des milliers des noms avant même que Canterbury n’existait, bien avant que les batailles et les traités avaient morcelé l’Europe et l’Est. Nous tous, même ceux qu’on avait des foyers en Europe et des enfants dans la distance, souhaitions enlever les habilles de nos pays. C’était un endroit de foi. Nous nous sommes fondus dans le paysage. Feu et sable. (…) Effaçons nos noms de famille ! Effaçons les nations ! » (Traduction improvisée)








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