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Littérature des 5 continents : AmériquePérou

Les chiots

Mario Vargas Llosa*

(Los cachorros, 1967)
Traduction :   Albert Bensoussan.   Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐⭐

Ce que raconte cette nouvelle :

Quartier de Miraflores, Lima, Pérou. Cuéllar rejoint son nouvel établissement scolaire, le collège Champagnat. Petit à petit, Cuéllar s’intègre, rejoint l’équipe de foot et se fait une bande d’amis. Mais un jour le chien danois qui surveille le collège échappe de sa cage et attaque Cuéllar lors qu’il prenait la douche après un match. Blessé gravement aux génitaux, les conséquences de ce traumatisme vont affecter profondément le développement du garçon, qui deviendra la cible des railleries dans le collège, et devra assumer son nouveau surnom, Petit-Zizi. Mais les choses vont vraiment se compliquer lors que les garçons arriveront à l’âge des premiers amours.

Descente aux enfers avec perte de la virilité :

Dans ‘Les chiots’, comme souvent dans la première partie de l’œuvre de Vargas Llosa, on retrouve ses sujets de préférence : Le masculin et la virilité, la discipline scolaire et la violence des autorités. Cela peut s’expliquer comme à résultat de l’enfance de l’écrivain avec un père absent puis tyrannique, des abus sexuels perpétrés par un religieux responsable du collège, et par son instruction dans un internat militaire connu par la sévérité de son éducation. Vargas Llosa utilisera ces expériences comme à base narrative pour plusieurs de ses œuvres, notamment ‘La ville et les chiens’, premier roman de l’auteur, qui se déroule presque intégralement dans un établissement scolaire militaire. Ces faits marquants restent aussi très présentes dans la nouvelle qui nous occupe.

Le traumatisme génital qui souffre Cuéllar, malgré qu’il ne soit jamais clairement décrit dans la nouvelle (même s’il est implicite que Cuéllar a été en quelque sorte émasculé) aura un énorme impact sur sa future sexualité, et sur sa vie. Cette perte de la virilité et les insécurités du garçon, vont s’accroitre en grandissant, s’opposant au machismo de la société péruvienne de l’époque, qui porte un regard négatif sur le manque de masculinité chez un homme. Dans ce roman d’apprentissage, Cuéllar va se trouver petit à petit confronté autant à la pression et au jugement de son entourage comme à ses propres démons.

Lorsque Vargas Llosa écrit ‘Les chiots’, il est déjà un écrivain respecté et connu, et le succès de romans complexes comme ‘Le ville et les chiens’ ou ‘La maison verte’, lui permet de continuer à expérimenter avec la forme, sans jamais perdre de vue le fond. Dans cette magnifique nouvelle, le Prix Nobel péruvien, mélange la première et la troisième personne du pluriel, parfois ‘ils’, parfois ‘nous’. Comme si le narrateur formait occasionnellement partie de ce groupe de garçons qui entourent Cuéllar, mais gardait aussi sa capacité en tant que narrateur omniscient. Ce changement osé se produit de façon imprévue, souvent alternée au milieu d’une phrase (voir citation). Paradoxalement cela ne nuit absolument pas la lisibilité du récit. C’est singulier, mais on s’y habitue vite. Plutôt, cela insuffle une vivacité assez moderne et souligne la voix plurielle de la narration, essentielle pour comprendre sa dimension sociétale.

Malgré la complexité du sujet et le côté expérimental de la narration, le récit reste sobre et simple et le sujet maitrisé. Quant au contenu, cela n’a pas pris une ride. Ne vous laissez pas perturber par le détour vers l’extrême droite de cet ancien communiste, son œuvre reste riche, unique et nuancée. Structuré autour d’un mécanisme narratif implacable, ‘Les chiots’ est un des premiers chefs-d’œuvre de ce véritable virtuose de l’expression littéraire.


Citation :

« Ils portaient encore culotte courte cette année, nous ne fumions pas encore, de tous les sports ils préféraient le football, nous apprenions à courir les vagues, à plonger du second tremplin du Terrazas, et ils étaient turbulents, imberbes, curieux, intrépides, voraces. Cette année où Cuéllar entra au collège Champagnat. »

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