(Prisión verde, 1945)
Traduction : Pas connue. Langue d’origine : Espagnol
⭐⭐⭐⭐
Ce que raconte ce roman :
Honduras, début du XXe siècle. Luncho Lopez, dernier propriétaire des terrains convoités par les américains, refuse de vendre ses terres au gringo Mister Still. Au milieu de cette réunion tendue apparait Martín Samayoa, qui ayant déjà vendu ses terres et se trouvant totalement ruiné, se voit dans l’obligation de quémander un travail dans la plantation bananière. Méprisé par ceux à qui a vendu ses terres, Samayoa entre dans l’exploitation et connait Máximo Luján, un travailleur éclairé qui, en plus de lui fournir travail et logement, lui ouvrira les yeux sur la réalité de la cruelle exploitation dont ils sont victimes tous les ouvriers de la plantation.
Germinal hondurien :
À travers Samayoa, un propriétaire qui a perdu toutes ses terres, la narration accompagne le lecteur dans la présentation de la prison verte, ces bananeraies à perte de vue où les ouvriers mènent des existences mornes desquelles ils ne peuvent pas échapper. On descend petit à petit aux enfers de l’exploitation bananière dans le Honduras de la colonisation américaine. Bien entendu, ‘Prisión verde’ fait une critique sans ambages de l’exploitation proche de l’esclavage auquel le peuple ouvrier est soumis. Amaya Amador décrypte autant les ravages de la colonisation comme les différences de classe qui font nécessaire une révolution pour changer ce système corrompu et abjecte.
Oui, un vent communiste et révolutionnaire souffle le long du roman, mais le discours d’Amaya Amador est fin et nuancé. Tout n’est pas noir et blanc et les travailleurs ne sont pas les gentils exploités qui permettraient de manipuler facilement le ressenti du lecteur. Parmi les ouvriers il y a aussi beaucoup de déchéance, de l’alcoolisme, de la violence et de l’abrutissement. Ce roman du réalisme social est sans doute triste et dur, mais très réfléchi et bien construit. C’est très Zolaesque, dans tous les sens du terme.
Le roman pioche du naturalisme et déterminisme du maître français, tout en apportant ses propres pierres à l’édifice. L’ombre de ‘Germinal’ plane le long de tout le roman, autant dans la lente progression narrative vers la grève qui déploiera tout le volet dramatique de l’œuvre, que dans l’introspection psychologique des personnages, des hommes et femmes complexes et pleins de nuances, qui échappent aux clichés et aux descriptions monolithiques que parfois on pourrait s’attendre de ce genre du roman à vocation sociale.
Amador Amaya connait bien le sujet car il travailla dans sa jeunesse dans une exploitation bananière, dans l’équipe de veneneros, ces hommes qui protègent les bananiers des différentes maladies en les aspergeant des produits chimiques. Le fonctionnement de l’exploitation, le quotidien et le mode de vie des travailleurs sont décrits de façon réaliste, presque documentaire, apportant tout un ensemble de détails qui enrichissent et donnent énormément de crédibilité à l’œuvre.
Au moment d’écrire ces lignes (2025) et à ma connaissance, ‘Prisión verde’ n’a pas de traduction française, ce qui est incompréhensible et surtout très dommage. Si vous faites un challenge de lecture around the world, ce classique hondurien publié en 1945 serait le roman idéal, puisqu’il permet de cocher la case Honduras, tout en nous illustrant sur cette époque clé de l’histoire du pays. Même si le roman se centre sur la lutte de l’ouvrier hondurien contre exploiteur gringo, la portée du roman est universelle car les sujets de la lutte de classes et des méfaits de la colonisation sont explorés avec vraie réflexion et talent littéraire.
Citation :
« Ainsi, toute la journée, l’épuisante labeur des paysans était soutenue jusqu’au soir, lorsque, les jambes douloureuses de fatigue, ils sortaient de la prison verte des bananeraies pour s’incruster dans la maigre prison des baraques sans âme. » (Traduction improvisée)








0 Comments