Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueSoudan

Le Messie du Darfour

Abdelaziz Baraka Sakin

(Masīḥ Dārfūr, 2012)
Traduction : Xavier Luffin. Langue d’origine : Arabe
⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Abderahman est une femme avec un lourd passé. Lorsqu’elle était petite, les impitoyables Janjawids ont décime toute sa famille d’une façon affreuse, en la laissant seule au monde. Abderahman grandit avec une soif de vengeance inassouvie. Lorsqu’elle rencontre Shikiri et Ibrahim dans un marché, deux amis engagés dans l’armée soudanaise, elle envisage la concrétion de ses rêves de vengeance. Aussitôt marié avec Shikiri, elle lui fait part de son plan qui se centre sur l’exécution de dix Janjawids.

Horreur et vengeance :

Un livre fort mais très confus et irrégulier. Ne vous attendez pas à apprendre grand-chose sur le génocide au Darfour, le livre présuppose que vous connaissez déjà ou que vous allez chercher l’information vous-mêmes. Malgré avoir lu sur le sujet, j’ai eu du mal à suivre le récit des personnages, et très souvent les drames, aussi horribles et déchirants qu’ils étaient, n’arrivent pas à créer de l’émotion, par le manque de construction littéraire autour des personnages.

Au début des années 2000, la sécheresse et le manque de ressources ont créé une compétition par les espaces géographiques, entre les diverses ethnies qui habitent dans le Darfour. Puis la découverte du pétrole rajoute encore un élément déstabilisateur, provocant des convoitises. L’opposition au gouvernement dans ce territoire commence à s’organiser et à lancer des attaques, qui vont provoquer les représailles armées de Khartoum. Le gouvernement soudanais bombarde le Darfour et ferme les yeux devant les barbaries commises par les mercenaires arabes, les Janjawids, armés selon certaines théories par le propre gouvernement. Il s’en suit un génocide ethnique visant les populations non musulmanes du Darfour, aux proportions visiblement démesurées, mais officiellement dissimulées par le gouvernement soudanais. Le conflit est loin de trouver une solution.

Après la lecture du roman j’ai tombe sur une phrase de l’auteur :

« L’idée est d’obtenir un roman complexe, je ne veux pas d’un lecteur fainéant, je suis exigeant avec le lecteur, je ne veux pas d’un lecteur qui ne réfléchit pas, qui ne revient pas en arrière dans le livre, qui ne va pas avoir la curiosité d’aller chercher des informations historiques sur les événements qui sont mentionnés. »

Peut-être que je suis un lecteur fainéant alors. Car, malgré que je n’hésite pas à me documenter pendant mes lectures, pour moi cette phrase a tout l’air d’une excuse pour justifier une écriture pas complètement aboutie. À mon sens, le livre a beaucoup trop d’action et très peu de vrai travail psychologique. Trop de narration ‘action driven’ et pas assez du ‘character driven’.

Sur fond de racisme et conflit religieux, le livre ne rentre pas vraiment dans les implications des sujets évoqués, et reste dans la surface de ces évènements affreux. D’un point de vue strictement littéraire, c’est de l’action intéressante, mais pas approfondie. Il y a beaucoup trop des digressions sur le passé des personnages et sur le contexte historique, mais cela reste, encore un fois, de l’action sans vrai développement de personnages. Le roman décrit énormément de viols et barbaries diverses qui sont des faits poignants en soi, mais qui n’arrivent pas à créer de l’envergure littéraire, à cause du style assez complexe et plutôt prétentieux de son auteur, et du manque de travail psychologique sur les personnages. Cela reste un bon livre mais…


Citation :

« Pour être crédible, un prophète a toute autant besoin de gens qui ne croient pas en son message que de gens qui y croient. »

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