Inventaire non académique de romans du monde publiés depuis 1800, sans spoilers

Littérature des 5 continents : AfriqueCameroun

Le vieux nègre et la médaille

Ferdinand Oyono

(1956)
Langue d’origine : Français
⭐⭐⭐

Ce que raconte ce roman :

Ce que raconte ce roman : Le vieux Meka se voit décerner une médaille par les autorités blanches de la colonie, en remerciement par les services rendus à la mère patrie, c’est-à-dire la France, pendant la guerre. Ces deux enfants se sont battus par la France et sons décédés pendant le conflit, et puis Meka avait fait donation d’une partie de ses terres à l’église catholique. Cette médaille suscite l’admiration de toute la communauté noire et Meka semble monter dans les échelons de l’appréciation sociale.

Récompense futile : ! (Patience) :

Le sujet de ce classique de la littérature camerounaise n’est pas le drame des enfants décédés dans le champ de bataille, ni la guerre elle-même, mais plutôt la chronique sociale de la société camerounaise pendant les années avant l’indépendance. Pour ce faire, l’axe de la narration se porte sur les réactions et les changements sociaux qui suscite cette récompense inattendue. Meka est un vieil homme pauvre et gris, qui passe plutôt inaperçu, mais du jour à lendemain, grâce à cette médaille que les autorités de la colonie vont lui offrir, son statut changera complètement. Surnommé l’ami des blancs, son prestige grimpe en flèche, et il devient le centre de toutes les attentions. Un de ses amis lui offre même sa fille comme à nouvelle femme.

Plus la cérémonie s’approche plus Oyono développe le coté comique de cette situation, qu’on sait pertinemment que va virer en catastrophe. Car les autorités de la colonie blanche, malgré cette médaille, ne semblent pas avoir le moindre intérêt à se rapprocher davantage de Meka ni d’aucun autre noir et les communautés restent fermement cloisonnées. Le regard sur les deux communautés est complétement cynique, les blancs son snobs et égoïstes et ne pensent qu’à leur propre profit, et les noirs sont naïfs et se font facilement miroiter des merveilles par l’éclat d’une simple médaille.

Le mécanisme narratif est un peu répétitif dans la première partie, qui est écrite sur un ton un comique quelque part désuet. Cette première partie est par moments un peu lourde et poussive, mais à mon sens, la narration deviendra beaucoup plus efficace dès que les choses vont se corser. Le roman se lit quand même très facilement et propose une réflexion intéressante sur les différences entre les deux communautés et les difficultés d’entente entre elles.


Citation :

« Mais bon Dieu ! à quoi servait-il d’être innocent et humble dans ce monde où la vertu et l’honnêteté ne payaient plus ? »

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